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Jack de Marseille compte bien pousser sa ville au sommet ! [Interview]

Sous l’œil de la Bonne Mère, il s’en est passé des choses à Marseille. Ville auréolée d’un soleil constant, la cité phocéenne est depuis 2013 capitale de la culture.  Mais il est des figures locales qui n’ont pas attendu cette adoubement pour éclore artistiquement et prendre leur envol aux niveaux national et international en emportant une partie de la ville avec eux. Jack de Marseille est un de ces caractères. Comme tous les marseillais, Jack aime sa ville et en porte fièrement le blason jusque dans son nom de scène.

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Quelle est la place de l’électro à Marseille, une ville qui semble surtout régie par le sport ?
C’est peut-être un peu réducteur même si c’est vrai, on parle beaucoup de l’OM. Les premiers à faire parler de la ville musicalement étaient IAM, Massillia Sound System… Après niveau musique électro, disons qu’il y a du monde, mais qu’ils n’ont pas atteint le même niveau. Comparé à des villes comme Grenoble, il n’y a pas eu cette explosion de la scène locale, donc il n’y a pas de grosse visibilité.

Tu penses que ça vient de quoi ?
Ca va arriver je pense. Depuis, 2013, Marseille est la capitale de la culture et depuis il y a cette nouvelle génération qui s’investit beaucoup plus. Depuis deux ou trois ans des artistes émergents. Il y a des collectifs qui sont très reconnus localement comme les Metaphore, qui avaient enclenché le projet Black Sheep. Ils faisaient un truc aux couleurs anglaises, quelque chose d’indu’, assez intéressant. Il y a pas mal de collectifs qui commencent à faire de bonnes choses. Il y a aussi des scènes comme le Cabaret Aléatoire qui commencent à avoir une bonne réputation.

En tant que parrain de la scène électro marseillaise, comment tu œuvres pour mettre en avant ces collectifs ?
J’ai eu une résidence au Cabaret aléatoire, on a trois, quatre évents par an et à chaque fois j’essaie d’intégrer un artiste local ou issu d’un collectif local au line-up. Il y a aussi des radios comme Radio Grenouille et Cave Carli Radio qui mettent en avant les artistes marseillais. CCR s’ouvre de plus en plus et met des jeunes collectifs en avant. Je pense que d’ici trois ou quatre ans, on pourra entendre encore plus de ces jeunes qui ont pour l’instant un ou 2 maxis aux compteurs. J’ai relancé mon label Wicked Music et il y aura certainement un nouveau label. Je travaille avec un pote qui m’a fait découvrir  certains artistes, mais on attend un peu pour qu’ils prennent en maturité et qu’on puisse définir leur rôle pour pouvoir organiser une soirée avec les collectifs locaux.

Comment tu t’es fait un nom au sein de cette ville avant de t’étendre ?
Dans les prémices, vers 1990,  on était peu nombreux. J’étais une sorte de précurseur. On a fait exister ce mouvement par passion, on ne réalisait pas ce qui se passait. On ne voulait pas forcément être connus, on faisait ça par passion et on essayait de trouver des mecs qui écoutaient la même musique que nous. Après de rencontre en rencontre, j’ai travaillé au Trans Musicales de Rennes. J’ai ensuite était résident sur FG Radio, qui était de meilleure qualité à l’époque. En 1994 j’ai sorti ma première compilation sur Fairway Record ce qui m’a permis d’avoir de la visibilité dans les médias.

Et ensuite, en 2002, est sorti ton premier album.
Oui , Free My Music. Le deuxième est sorti en 2010.

C’était une consécration pour toi de sortir ce premier album?
J’avais fait quelques maxis sur Ozone Record. C’était une sorte de consécration, car j’ai fait la techno parade et autour de moi, les maisons de disques et les gens qui gravitaient autour de moi, me poussaient à faire un album. Le premier n’était pas pensé comme un album, mais plus comme un cumul de plusieurs maxis qui me ressemblaient. Par rapport à ce que je jouais, c’était un peu plus facile d’accès. Toutes mes influences et mes inspirations étaient condensées dedans. Il y a eu un super accueil.
À l’époque une compil’ mixée, c’était aussi considéré, comme un album. Le premier album c’est une étape. Et je dirais que plus le temps passe plus tes albums te ressemble. Le deuxième, sorti en 2010,  ressemble beaucoup plus à ce que je peux jouer en DJ set qu’à ce que je pouvais faire en tant que producteur.

Aujourd’hui ta satisfaction reste la même quand tu sors quelque chose?
Oui  bien sûr, comme je te disais,  tu te connais mieux toi-même et tu es plus à même de faire ce qui te ressemble. Tu as une actualité qui permet de mieux retranscrire ce que tu as au fond de toi. Les sets du week-end sont aussi une nouvelle inspiration.  Je suis un dj et ce que j’aime le plus, c’est partager ma musique avec les gens en live.

D’ailleurs ces producteurs qui deviennent DJs, tu en penses quoi ?
Je ne comprends pas pourquoi ils ne font pas les choses en live. Surtout qu’aujourd’hui tu n’as plus tout ton matos à transporter comme à l’époque. Aujourd’hui avec Traktor et tous ces logiciels, c’est hyper facile. Les mecs produisent pour devenir DJ. Dans les années 90s il y a avait une sorte de sélection naturelle : tu mixais au vinyle et si tu te plantais tu te faisais vite éliminer. Aujourd’hui il y a plus de facilité pour pouvoir mixer. Il n’y a plus la même approche du mix. Il y a un côté plat je trouve. Le vinyle c’était le meilleur truc pour faire résonner ta musique. Avant le vinyle, il y avait aussi des gens qui mixaient avec des bandes, ou autres…

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Les gens ont une manière différente de consommer la musique aussi tu ne penses pas ?
Les gens sont feignants aussi. La technologie permet de pousser le mix dans une autre dimension justement. Il y a une vidéo de Roger Sanchez qui est devenue virale où le mec fait des choses incroyables avec deux platines CDs.  Les mecs achetaient deux fois le même Cds, car en travaillant sur le même titre, tu pouvais en sortir un nouveau titre. Aujourd’hui il n’y a plus ce travail. Parfois les gens préfèrent voir du vinyle, car c’est plus vivant. C’est moins cool de voir un mec mixer devant son ordi toute la nuit. Il y a moins de communication avec le public.

En plus de la musique, tu es passionné de sport extrême n’est-ce pas ?
Oui, J’ai fait du ski acrobatique

Et tu as retrouvé des similitudes avec la musique ?
J’ai aussi fait du tennis où des entraîneurs m’ont toujours poussé à aller toujours plus loin. Effectivement il y a un lien entre les deux.  Avec la techno en particulier. Après je ne suis pas cloisonné à écouter que de la techno je peux me diriger vers d’autres styles type : Jungle , Drum’n’Bass, Breakbeat. La techno me ressemble beaucoup et se rapproche des sports extrêmes. La vitesse que tu pourrais avoir dans les descentes on la retrouve dans le BPM.  Au début de mes mixes, je mixais les yeux fermés je n’avais pas cette montée d’adrénaline, celle que je retrouvais dans le sport ou l’entrainement. Après je l’ai retrouvé dans la puissance dans la Tech. La deep house serait plus dans l’émotion et c’est toujours intéressant d’avoir un mix en harmonie. Plus la musique est rapide au fil de ton mix, plus tu le rends vivant.

La scène House  prend de plus en plus  d’ampleur en France d’ailleurs, tu ne trouves pas ?
À une époque, plusieurs de journalistes étaient en province et parlaient des scènes locales. Maintenant il y a plein de nouveaux jeunes collectifs et  de nouveaux producteurs. Si Marseille était la capitale, bien sûr qu’ils parleraient plus de la nouvelle scène marseillaise. Beaucoup de gens trainent sur internet pour voir les dernières nouveautés. Depuis 2013, Marseille met en avant la scène électro. Beaucoup de collectifs se sont créés. Avant il n’y avait que deux clubs qui tournaient dans Marseille, maintenant il y en a beaucoup plus.

Tu as des noms à nous donner ?
Il y a un magasin de disque qui se nomme Extend & Play qui est aussi un collectif. Il y a plusieurs artistes comme Kris Lave Tricord originaire de Thonon qui viennent sur Marseille pour la musique. Sinon il y a aussi Métaphore, Au Galop, Question Gauche, Pendant mais ils ne font plus grand-chose. Maintenant on veut vraiment produire des artistes qui transpirent la ville. Un peu comme à Detroit. C’est vraiment cette scène-là, dont on a envie de s’occuper et qu’on veut promouvoir ! J’aime beaucoup transmettre la passion, maintenant dans la musique, tu n’as plus besoin d’attendre cinq ou six ans pour connaitre tes machines. En un an tu peux arriver à maturité. Mais il faut quand même prendre son temps et ne pas se mettre de pression. Il faut être passionné, il faut faire vraiment ce qu’on aime et pas laisser l’aspect financier prendre le dessus.  Il y a  aussi le collectif UVB qui commence à prendre de l’ampleur.

Tu prends souvent la ville de Détroit comme référence, elle t’inspire beaucoup?
Au départ oui, car ce sont mes racines musicales, de la musique groove. Petit à petit ils sont venus signer sur des labels comme RNS et quand je suis monté la première fois à Paris, j’ai découvert BPM Records et c’est là que j’ai mis le doigt sur pas mal de musiques américaines et anglaises avec WARP. J’aime énormément l’Angleterre, car ils cherchent toujours à faire danser les gens. Leur musique est faite pour danser. À Detroit il y a une vraie émotion je trouve.

Merci Jack !

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